Projet Genesys

  • Tablette de conversion de l'alphabet naine de Dvarar



         Selon le Traité de la vie des langues de la Pangée orientale et l’Histoire des contacts linguistiques aux marges de la Nouvelle Prusse, l’évolution des alphabets veut que ces dernières aient généralement tendance à gagner des lettres au fil de leur développement, plutôt qu’à en perdre.

         La tablette ici présente démontre cette évolution dans l'alphabet des nains de Dvarar. Nous trouvons d'abord les 23 caractères tel que découvert sur le cylindre d'Harkon et les Tablettes Noires, puis les trois nouvelles lettres ainsi que la nouvelle forme de trois autres tel que remarqué sur les tablettes de Lutz.

  • Observations sur les Tablettes de Dvarar



    par Athanasius Rill
    Présentées à l’Académie des Sciences de Windrose en vue de l’admission de l’auteur



     

    Membres de l’Académie,

    Madame la Rectrice,


         Les observations contenues dans les pages qui suivent reflètent une nouvelle interprétation de tablettes dont l’origine et la trajectoire sont parfois imprécises et même, à l’occasion, carrément douteuses. Au-delà de trois millénaires nous séparent de la fabrication des premières incarnations de ces artéfacts.  Le peuple même qui les a conçues s’est éteint depuis plus de quatre siècles et, même à son apogée, comptait parmi les plus énigmatiques. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un lointain souvenir pour nous. Nos connaissances sur la nature exacte, et même sur l’ampleur des textes produits par les Nains de Dvarar sont teintées de légendes. Elles s’appuient sur des données au mieux fragmentaires. Les efforts des chercheurs pour en établir des versions de référence fiables sont constamment frustrés par les diverses variantes de ces textes en circulation. Plusieurs sont d’ailleurs soupçonnées d’être inexactes, voire frauduleuses.

         L’authenticité même de la pièce archéologique ayant servi de point de départ à l’humble contribution que je remets entre vos mains aujourd’hui peut être remise en doute. Je vous assure que si je n’avais pas été pressé par les circonstances que je vous expliquerai à l’instant, j’aurais consacré beaucoup plus de temps à valider la provenance de l’artéfact analysé ici.

         Nous parlons communément des tablettes de Dvarar. Cette expression demande cependant à être utilisée avec précaution. Tout d’abord, même si l’identité des auteurs de ces textes est parfois vague, il ne fait pas de doute que nous avons affaire ici à une diversité de personnes. Même dans les cas où des documents sont attribués à un auteur unique, ce dernier peut en cacher d’autres. Dvarar, le premier Grand Roi des Nains, est généralement vu comme l’auteur des textes originaux qui, après maintes retranscriptions et soustractions, sont devenus les cinq Tablettes de Lutz. Il est peu probable, cependant, que ce souverain ait été l’unique auteur des chroniques qu’on lui attribue. Les indices compilés par Gustavus dans ses classiques Fragments du Roi Dvarar nous laissent penser que, comme plusieurs souverains, Dvarar avait à son service des scribes et de chroniqueurs démontrant des styles, des degrés de talent et une fiabilité très inégaux. Il existe un large consensus attribuant à Dvarar lui-même la rédaction de certains textes, comme ceux inscrits sur les tablettes noires par exemple. Mais lorsqu’il est question de l’ensemble du corpus que nous regroupons communément sous l’étiquette des tablettes de Dvarar, il semble préférable de le considérer comme un ensemble relativement hétérogène de documents produits entre le milieu du IVième millénaire A.E. et 425 A.E. par les Nains de Pangée. Par ailleurs, et cela est particulièrement important dans le contexte de la présente discussion, il faut noter que ces textes ne sont pas tous rédigés sur un support tabulaire. Les tablettes de Lutz se présentent sous cette forme. Comme ce sont les premiers exemplaires des écrits des Nains de Dvarar à avoir été trouvés, elles ont influencé la terminologie que nous utilisons pour parler de ces œuvres. Mais des versions des textes des Nains ont été trouvées inscrites sur des panneaux, des prismes, des obélisques, des sphères et même des coquillages hélicoïdaux. D’ailleurs, comme la présente étude nous demandera de nous attarder à l’importance à la géométrie des artéfacts sur lesquels nous trouvons les écrits des Nains, je propose en annexe de ce mémoire une amorce d’inventaire systématique des exemplaires connus des Tablettes de Dvarar, classés selon leur forme.

         Le terme de « tablette » est hautement inapproprié pour parler de l’objet dont il est question dans la présente recherche. Bien que toutes les chroniques consultées dans la préparation de ce mémoire parlent bien de « tablettes », la pièce que je présente ici se présente davantage sous la forme générale d’un cylindre. Je soutiendrai que cette forme est possiblement antérieure aux autres tablettes connues et, par conséquent, plus proche du support utilisé par les nains de l’époque de Dvarar, de laquelle datent les plus anciens textes des Nains connus. Je tenterai de faire la démonstration de cette affirmation dans les pages qui suivent.

         Finalement, vous me pardonnerez, distingués lecteurs, la forme peu orthodoxe du présent mémoire. Il est malheureusement écrit à la hâte. Je vous implore de ne pas voir là un affront à vos augustes fonctions. Les raisons qui mènent à cette publication précipitée sont tout à fait d’un autre ordre et je me permets ici de vous en faire part. Il y a quelques jours à peine, j’ai appris qu’un rival s’apprêtait à vous soumettre ses propres interprétations des tablettes de Dvarar. J’hésite à mentionner le nom de cet individu ici, tant il me semble ternir les pages du présent mémoire, mais je n’ai pas d’autre choix. La plume de Sylvius de Res est sur le point de devancer la mienne. Disons le, il n’est guère surprenant que mon compétiteur s’apprête à me coiffer au poteau. La fabrication et le mensonge seront toujours plus prompts que la patience et la rigueur de la science. Heureusement, des amis bienveillants m’ont alerté face à l’intention qu’a  Monsieur de Res de déposer incessamment un mémoire devant votre comité. Avec un peu de chance le présent ouvrage vous parviendra en premier, m’évitant ainsi les longues et fastidieuses démarches qui auraient été nécessaires à prouver la priorité de ma découverte, que j’appellerai ici la « graphie conoïde » des nains en attendant de lui trouver un nom plus élégant. Je tiens de sources fiables que Monsieur de Res m’a vraisemblablement volé cette idée et s’apprête à vous la soumettre sous une forme pervertie, façonnée pour servir ses propres interprétations loufoques de l’histoire des Nains. Qui plus est, comme il n’a pas eu accès au cylindre de Harkon, que je joins à mon mémoire à titre de preuve, mon compétiteur a dû recourir à l’invention pure et simple de ses propres tablettes. Son outrecuidance a même fait qu’il les a nommés les soi-disant « fragments de Res ». Il s’agit là d’un pur canular comme vous pourrez sans doute en juger par vous-même lorsqu’il poussera l’arrogance jusqu’à soumettre sa propre demande d’admission à votre renommée institution. Pour éviter toute confusion, l’Annexe mentionné plus haut peut également être vu comme l’inventaire des tablettes que je considère légitimes. Vous y remarquerez que les fragments de M. de Res n’y figurent pas.

         L’urgence de la situation exige que je me fasse violence et me résolve à vous présenter mon mémoire d’admission dans l’état où vous le trouvez aujourd’hui. À ma grande honte, je n’ai pas eu le temps de polir la présentation de mes résultats ; j’ai encore moins eu le temps d’engager un maitre calligraphe et un historieur comme le veulent les usages de votre Académie. Ainsi, je n’ai d’autre choix que de vous imposer ma lettre et mes illustrations approximatives. J’ai été contraint ni plus ni moins qu’à vous recopier mes notes personnelles à la hâte en tentant de leur donner un peu d’organisation. Par contre, même devant la menace imminente de me faire doubler par Monsieur de Res, je n’ai tout simplement pas pu me résoudre à vous expédier un amas de papiers et carnets disparates. Ce choix a retardé l’envoi que vous recevez aujourd’hui. Espérons seulement qu’il vous parvienne avant celui de mon compétiteur.


         J’implore votre indulgence, au nom de la science.


    Athanasius Rill

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