Projet Genesys

  • La Cassette d’émeraude


        La paix conclue avec les Carthaginois en 935 A.E. eut pour effet de relâcher quelque peu l’isolationnisme des Nains. Après plus de deux millénaires à vivre selon les préceptes traditionalistes consignés par le Grand Roi Dvarar dans l’édit des Tablettes noires, cette adhésion rigoureuse semblait perdre de sa pertinence. Le vent de changement qui soufflait sur la Pangée donnait envie d’en savoir plus, d’aller vers la nouveauté. Les Nains entendaient parler de la popularité toujours croissante de la magicka, mais les démonstrations en étaient interdites dans le domaine des Nains.

        Une entente avec l’organisation des Mercarii stipulait que ces derniers pouvaient venir acheter des produits vendus par les Nains, mais à condition de ne pas profiter de leur passage pour vendre ou publiciser des marchandises liées à la magicka. Le clan Dvarar, sur conseil de ses stratèges, accepta de signer l’entente avec les Mercarii.  En contrepartie, et pour maintenir son autorité absolue sur le développement de la société des Nains, le clan Dvarar décréta qu’un conseil d’inquisition permanent serait créé pour déceler, juger et punir les Nains qui seraient tentés par la magicka du Pentagone.

        La Cassette d’émeraude, datée de 900 A.E., constitue l’une des rares traces matérielles des procédures de ce conseil d’inquisition. Elle a été rédigée par une jeune naine nommée Thaghoni Bergleutor. L’artéfact consiste en une tranche d’émeraude polie de 24 cm par 7,5 cm dans sa partie centrale. La taille considérable de cette pierre précieuse est, en elle-même, l’indice le plus probant du statut social de Thaghoni. Le texte de la Cassette est finement gravé et serti d’or, autres indices que Thaghoni était vraisemblablement joaillière ou orfèvre.

    « Je taille.
    Ainsi est mon âme.
    Mon Flot qui honore Dvarar.
    Émeraudes, diamants sont ma langue.
    Saphirs, rubis, jade portent les mots de mon clan.
    L’Ocre de Bergleutor insuffle constance et mémoire du code.   
    Dvarar règnera, Durandorn à la guerre mènera, Bergleutor taillera.
    Je connais ma dette à mes ancêtres, je connais l’héritage que je porte ce jour.
    Ma dévotion à la tradition parle d’elle-même; mes mains agiles oeuvrent à la nourrir.
    Apaisez vos craintes, moi Thaghoni suis votre fille et chacun de mes gestes célèbre cet honneur. »
  • Les Tessons d'Andavar


        À ce jour, les fouilles du Sanatorium demeurent incomplètes. Les expéditions organisées dans la région depuis Osler (150 A.E.) n’ont pas révélé de cimetière aux abords de l’édifice, ni de fermes. Cependant, tout indique que les patients étaient traités avec beaucoup de soin et de considération. [...]

        Il semble clair que certains des patients y demeuraient actifs. Les vestiges trouvés sur le site d’Andavar témoignent de la qualité des soins qui y étaient prodigués. Des mesures étaient prises pour que les patients qui le pouvaient soient en mesure de continuer de pratiquer leur art. Le site contient les traces d’une petite forge, d’un atelier d’orfèvrerie et de joaillerie, de même que d’un espace jadis consacré à la préparation des pierres. Nous retrouvons également à Andavar la trace de ce qui semble avoir été un petit scriptorium-bibliothèque. Les convalescents semblent y avoir eu la possibilité de consulter des œuvres, de les copier, ou de travailler à les restaurer.

        - Athanasius Rill

  • Le Crâne d’ocre



        Cet artéfact est une autre découverte majeure de l’expédition Osler. Il a été trouvé dans une petite grotte située à flanc de montagne à environ trois kilomètres de l’embouchure du Gouffre des Ténèbres. La signification exacte que revêtait cette relique pour les Nains de Dvarar demeure nébuleuse. Comme tout le reste de la région, l’assemblage d’artéfacts dont faisait partie ce crâne a été passablement perturbé par le séisme titanesque qui provoqua l’effondrement de la voute de la cité de Dvarar. [...] Il s’agit des restes d’une Naine, dont la surface a été recouverte de calcifications et d’ocre rouge. Nous savons l’importance de cette substance minérale pour les Nains de Dvarar, qui l’associaient très étroitement au sang de leur nation. Ses dents sont plaquées d’or, ce qui semble avoir été une marque de respect funéraire.

        Le crâne lui-même ne porte pas d’inscriptions. Par contre, la paroi de la grotte porte un texte qui semble lui faire référence. Il se transcrit de la manière suivante : 

        « Je suis la Naine. Mon nom s’est perdu. La mémoire de mon clan s’est dissipée. Mon art est occulte et mon action est partout. L’ocre de mon sang est du rouge le plus vif. Je suis l’ancêtre que vous avez oublié, mais qui guide votre Flot. »

  • Le Ruban d'Adler

    



         Cette pièce est possiblement l’une des plus étranges versions des tablettes de Dvarar. Une raison qui en fait un artéfact énigmatique est qu’il s’agit d’une œuvre incomplète. Trouvé dans une antique fosse à rebus au nord d’Adler, il semble clair que l’artisan qui l’a créé a interrompu son travail à mi-chemin. La pratique veut généralement que l’argile d’une pièce abandonnée, lorsqu’il est encore cru, soit réutilisée dans un autre projet, mais le Ruban d’Adler semble simplement avoir été écrasé en boule puis jeté parmi les détritus.

         Les hypothèses sur la nature de cet objet abondent sans qu’il ne soit possible, pour l’instant, de trancher entre elles. Les deux plus répandues sont diamétralement opposées. La première, proposée par Mulcium Tachio, veut que l’objet soit le produit d’un exercice imposé à un apprenti. Il s’agirait d’une simple leçon d ‘écriture sur l’argile. Ceci expliquerait le peu de cas qui semble avoir été fait du résultat final. […] La seconde hypothèse accorde une importance beaucoup plus grande à l’objet, soutenant qu’il n’aurait pas été traité avec indifférence, mais plutôt détruit sciemment pour éviter de compromettre son créateur. Cette thèse a été soutenue de manière particulièrement provocatrice par un auteur écrivant sous le pseudonyme « FMR » dans son opuscule publié clandestinement sous le titre Subversion au temps du Grand Roi Dvarar. […] Il, ou elle, soutient que même si les mots inscrits sur la surface du Ruban sont largement illisibles, ils ne semblent pas relever d’un simple exercice de retranscription. Ce ruban froissé et maintes fois replié sur lui-même laisse entrevoir, selon FMR, les mots « usurpateur », « tyran » et « bâtard », et surtout un passage troublant où on peut déchiffrer « […]rar le monstre à saigner […] ». Le début et la fin de cette phrase étant malheureusement perdus dans les replis de l’artéfact.

  • Les Dagues de Dvarar

       Les Dagues de Dvarar sont une charte politique de la société des Nains. Plus précisément, elles définissent les raisons pouvant justifier l’usage de la violence au sein de cette dernière. Défendre l’ordre social, punir la subversion, lever les impôts : ce sont là des raisons habituelles de menacer les sujets. Cependant, les dagues e et f ouvrent une fenêtre particulièrement intéressante sur cette société : l’importance de la division du travail entre les clans. La dague d définit ces champs de compétences, la dague e consacre le pouvoir législatif de chaque clan dans le domaine qui lui est reconnu. Nous apprenons ici que d’empiéter sur l’art d’un autre clan est motif aux punitions les plus sévères. La dague f pour sa part, énonce les règles de succession et, surtout, sous-entend des représailles contre ceux qui voudraient profiter de la mort du Roi pour tenter de s’emparer indument du pouvoir. Inscrire  ces principes sur des armes donne un contexte d’interprétation omniprésent à ces énoncés. La violence est, littéralement, la toile de fond de cette constitution des Nains.

         Ces six dagues de bronze portent un texte qui est à la fois bref et percutant. En voici la traduction : 

    [DAGUE a]
    Sur ces dagues ma loi est gravée.
    Par les lames de mon peuple cette loi sera défendue.
    Le Grand Roi Nain est Souverain et ne souffrira nulle dissidence.
     
    [DAGUE b]
    Allégeance et tribu de la Quinte part sont dus.
    Les clans et les soumis sans distinction doivent s’y plier.
    À chaque solstice doivent ainsi honorer leur monarque suprême.
     
    [DAGUE c]
      À la guerre chacun sera appelé à chaque génération.
    Les recréants décapités, les lâches immolés qui refuseront service.
    Vaillants et héros, vifs ou défunts, recevront récompense royale et renom incontesté.
     
    [DAGUE d]
    Chaque clan verra respecté son art sans conteste.
    Dvarar règnera, Durandorn à la guerre mènera, Bergleutor taillera.
    Thalmir construira, Nibelung forgera, Alberok gardera, Hütten commercera.
     
    [DAGUE e]
    Sous Dvarar, les clans exerceront leur magister.
    Libres et sous l’égide de leur Roi ils en deviseront les règles.
    Ils arbitreront les litiges en leur domaine et en leur famille, pour la gloire de leur Souverain.
     
    [DAGUE f]
    L’heure de la succession sonnant, l’ainé Dvarar montera.
    Dans la joie il sera accueilli sur le trône; encensé par ses pairs, craint par ses ennemis.
     Pour les siècles et les âges règnera ainsi Dvarar.  Force et sollicitude sera sa devise et sa vie.

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