Chronique de la Pangée

  • 3233 A.E. : Les Astherites

    Le Souverain Mithras, maître du Nord-Est, fut toujours de nature rebelle. Il avait perçu l’assassinat de Scylla comme une attaque directe à son influence sur le continent de l’Est.

    Après avoir vu ses affections être rejetées du revers de la main par Tiamat, Mithras voyait d’un fort mauvais œil l’union Achéron-Tiamat.

    Pourquoi ce crétin d’Achéron, ce meurtrier sans honneur, ne s’était-il pas contenté de régner sur l’océan ?

    Mithras jura qu’avant longtemps, l’ambitieux Souverain partagerait le triste sort qu’il avait fait subir à leur sœur. De ses propres mains, il l’écorcherait comme un vulgaire lapin.

    En attendant ce glorieux moment, il ne désirait aucunement forger une alliance avec les Souverains de l’Ouest. Simurgh était un imbécile, maître d’une cité de faibles. Falak avait perdu sa cité aux mains d’un humain et Léviathan n’était que trop paternaliste.

    Mais que faire pour obtenir un avantage ?

    C’est grâce au Grand Souverain du Nord, Myrddin, que le problème fut résolu. Ce dernier n’avait que faire de ses propres adorateurs, les Bahats. Toute son attention était désormais tournée vers une nouvelle source de pouvoir : la magicka. Fondée sur les quatre Éléments Primaires du Monde de l’Énergeia, sa puissance était telle qu’elle pourrait, selon lui, libérer les Souverains de leur dépendance aux adorateurs. Myrddin choisit de ne garder alors que quatre hommes et femmes ayant une forte prédisposition à ce nouveau pouvoir. Ses autres adorateurs furent livrés à Mithras.

    Les Bahats, vaillants et braves, se projetaient dans les bras de la guerre tels des amoureux éperdus. Mithras croyait qu’avec de tels hommes, l’hégémonie de Tiamat et d’Achéron serait assurément brisée!

    Mais encore fallait-il les mener à bon port.

    Utilisant les hommes de la cité de Minos, Mithras ordonna la construction de navires, près des berges de l’océan séparant les continents du Nord et de l’Est. Malgré une traversée cauchemardesque, les navires arrivèrent à bon port.

    Mithraïstes et Bahats réalisèrent rapidement qu’ils étaient trop nombreux pour la capacité d’embarquement des navires! On ne comptait que 1 000 places pour 1 750 Mithraïstes et 750 Bahats! Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Oui, des élus, c’était le terme juste. Seuls les plus forts d’entre les forts seraient appelés à survivre.

    Les Bahats jugèrent que ce duel n’était que trop injuste… pour les Mithraïstes!

    Des 750 Bahats, 50 périrent.

    Des 1 750 Mithraïstes, 1 450 périrent.

    Les survivants étaient les plus hardis et les plus puissants. C’est ainsi que les véritables Astherites (surnommés les Invincibles) entreprirent un voyage qui les mena dans la Grande Cité la plus isolée du continent de l’Est. Construite volontairement dans le plus hostile des environnements, en plein cœur du désert, c’était une cité digne de tels hommes.

    Astherith.

  • 3180 A.E. : Élementi Magicarum Pentagone

    Pendant plus d’un demi-siècle, le Souverain Myrddin et ses quatre créatures élues travaillèrent sans relâche sur un pouvoir jusqu’alors inconnu : la magicka. Basée sur les quatre Éléments composant l’ergon et le Monde de l’Énergeia (Air, Eau, Feu et Terre), sa puissance était telle qu’elle permettait une soumission totale de ceux-ci à la volonté du magickan, maître de la magicka.

    Toutefois, ce pouvoir était trop instable pour être manipulé sans risque. Pire encore, une utilisation répétée avait de terribles conséquences pour l’utilisateur. Le Souverain Myrddin lui-même souffrit de cette affliction. Amaigri, les veines de son ergon étaient devenues d’un noir d’encre.

    Le Monde de l’Énergeia.

    Quatre Éléments le composent : Air, Eau, Feu et Terre.

    L’Ergon.

    Quatre Éléments le composent : Air, Eau, Feu et Terre.

    La magicka, incarnation du pouvoir de ces forces.

    La Métastase, corruption de l’ergon après un usage abusif de la magicka.

    Il manque quelque chose…

    L’essence de toute chose.

    Mais quelle est-elle ? Où se cache-t-elle ?

    Incapables de trouver la réponse à cette énigme, leurs ergons totalement corrompus par la magicka, Myrddin et ses quatre élus décidèrent de consulter le Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Cristal, Émérillon.

    Ce dernier leur révéla une grande et ultime vérité :

    Notre monde, la Pangée, est le Monde de l’Énergeia.

    Toute chose qui y existe, y compris notre ergon, est composée de quatre Éléments : Air, Eau, Feu et Terre.

    Quatre Vecteurs, incarnations pures de ces Éléments, forment la fondation de ce monde. Ce sont les lames Murasame pour l’Air et Massamune pour le Feu. L’Arbre Fractalis pour l’Eau et l’Enclume de la Création pour la Terre.

    La magicka, ce pouvoir raffiné, nous permet d’exploiter les quatre Éléments qui composent notre monde et nous composent.

    Mais de quoi est composé le cosmos ?

    Où allons-nous après notre mort ?

    Est-ce la fin ou le début ?

    Quelle est l’essence de toute chose ?

    Un cinquième Élément existe.

    Ainsi qu’un autre monde : le Monde de l’Ousia.

    Seule l’einaï peut nous y mener.

    Et elle seule peut nous préserver de la Métastase.

    Myrddin était intrigué. Mais où se situait ce Monde de l’Ousia ? Comment y parvenir ? Un cinquième Élément ? Comment était-ce possible ? L’einaï ? De quoi parlait ce fou ? Le Grand Maître refusa d’en dire davantage.

    Forts de ce savoir, le Souverain et ses élus consignèrent les lois qui allaient régir le pouvoir de la magicka dans un Grand Livre : Élementi Magicarum. La magicka, ce pouvoir merveilleux, serait au service de la Pangée Fractale. Ils chercheraient d’autres individus afin de les instruire de ce pouvoir. Ils propageraient la magicka aux quatre coins du monde pour le bien commun.

    Le Pentagone devint leur symbole.

    Ils étaient cinq.

    Un Souverain et quatre élus.

    Quatre Éléments de l’Énergeia et un cinquième Élément, celui du Monde de l’Ousia.

    L’Élementi Magicarum Pentagone, institution qui allait garder un œil vigilant sur l’utilisation de la magicka, était né.

  • 3025 A.E. : L’Ombre des Ténèbres

    Pour la première fois depuis le début de la création, le calme et la paix régnaient sur la Pangée Fractale. Toutefois, les Souverains, supposés gardiens de l’ordre, étaient devenus horriblement arrogants. Ils se croyaient désormais de véritables dieux vivants. De plus, ils étaient maintenant convaincus que leur pouvoir était lié au nombre d’adorateurs qu’ils attiraient sous leur bannière.

    Mais il y avait bien pire encore.

    Le Forgeur, entité qui avait créé le Monde de l’Énergeia, était inquiet. Les adorateurs croyaient maintenant que les Souverains étaient les créateurs de l’univers! Le Grand Architecte, véritable maître du Courant Fractal – nom donné aux deux mondes –, serait en colère…

    Les Souverains, ces fausses idoles, avaient fait ériger cités, temples et statues en leur nom.

    Au moins, le voile fut levé sur l’identité du Voyageur Sombre.

    Il était le gardien des Grands Vecteurs, assises du Monde de l’Énergeia, la Pangée Fractale comme l’appellent les mortels.

    Dépouillé d’einaï, il ne joindra jamais le Monde de l’Ousia. Son ergon, par contre, perdurera jusqu’à la fin des temps.

    Sa compréhension du Monde de l’Énergeia est unique. Depuis des siècles, il envoûte hommes et femmes avides de pouvoir à le joindre dans son temple, la Ziggurat de Malshiv’ha. Perdu dans le Désert des Sables Brûlants, le temple a su échapper à l’attention des Souverains.

    Les germes qu’il avait si savamment plantés allaient bientôt porter leurs fruits. La récolte était imminente.

    Le Voyageur Sombre n’avait plus qu’à attendre.

  • 3013 A.E. : Le Pacte des Souverains

    Les Souverains étaient plus puissants que jamais. Pour une raison qui leur était toujours inconnue, leur pouvoir était intimement lié à la quantité d’adorateurs sous leur contrôle. Ainsi, plusieurs lieux de culte, plus magnifiques les uns que les autres, furent érigés en leur honneur. Chaque adorateur était disposé à quitter le Monde de l’Énergeia juste sur un simple claquement de doigts de son Souverain.

    Omnipotents. Des dieux vivants.

    Et pourtant, certains pouvoirs étaient immensément plus puissants qu’eux.

    Parmi ceux-ci, les Grands Vecteurs.

    Nul homme ou Souverain n’avait jusqu’alors osé s’en emparer, craignant à juste titre la colère du Forgeur ou pire encore… du Grand Architecte.

    Le Souverain Achéron n’avait que faire de ces bêtises! Dans son inlassable quête de domination, il s’était emparé de la lame Massamune, le Grand Vecteur de Feu.

    Dès lors, il délaissa la quête d’adorateurs et sombra dans une profonde torpeur. Son ergon s’était grandement affaibli, mais son contrôle des Éléments, lui, devint inégalé.

    Myrddin connaissait bien cette affliction puisqu’il l’avait lui-même combattue : la Métastase. Le pouvoir du Vecteur avait corrompu Achéron. Le maître du Pentagone était maintenant très inquiet. Que se passerait-il si les Souverains en venaient à se livrer bataille ? Advenant pareil affrontement, combien d’adorateurs périraient ? Et la grande question : quels effets avait eu Massamune sur Achéron ?

    Trois des Vecteurs (L’Arbre Fractalis, l’Enclume de la Création et la lame Murasame) se trouvaient aussi sur le continent de l’Ouest. Les adorateurs y étaient également légion. La promesse d’un aussi riche butin saurait convaincre Achéron, Tiamat et Mithras de traverser l’océan.

    Le contexte se prêtait à un tel affrontement. Hormis Léviathan, les Souverains du continent de l’Ouest s’étaient révélés incapables de régner. Falak avait perdu sa propre cité, et Simurgh dirigeait une cité fantôme. Les elphs, pour leur part, faisaient comme toujours cavalier seul.

    Il fallait agir et vite.

    Myrddin rencontra Léviathan en secret. La Cité de ce dernier, Alexandria, était non seulement prospère, mais de plus, son roi, Henry Lévy, détenait le Vecteur Murasame. Soulignant l’importance de protéger de pareils trésors, Myrddin offrit à Léviathan d’ériger un Pentagone, bastion de la puissante magicka, au cœur de sa cité.

    En échange, Myrddin exigea qu’ils unissent leurs forces, afin d’affronter la menace des Souverains de l’Est et du Sud, Tiamat et Achéron. Le sage Léviathan accepta à une condition : avant d’en arriver aux armes, les Souverains devaient tenter une dernière fois de résoudre pacifiquement le conflit.

    La rencontre aurait lieu sur l’île de Windrose et la survie de la Pangée Fractale allait en dépendre.

    Une fois sur l’île, les Souverains constatèrent avec horreur les « changements » qu’avait subis Achéron. Il était horriblement décharné et ses yeux étaient d’un noir d’encre. Sa main ne quittait jamais le pommeau de Massamune, la caressant amoureusement. Après les préambules d’usage, Achéron se leva, et tonna avec mépris :

    — Il y a une odeur infecte ici. À croire que vous copulez avec vos « adorateurs ». Vous régnez sur le troupeau, mais qui règne sur vous ?

    — Oui, Puissant Achéron. Il y a une odeur infecte en ces lieux. Je l’ai sentie dès ton arrivée. Une odeur de sang. Celui d’une sœur à venger!

    Seul Mithras osait s’exprimer de la sorte.

    Les yeux caverneux d’Achéron, rivés sur celui qui avait lancé de telles paroles, se plissèrent, formant deux lances noires.

    Mithras était buté, il ne reculerait point. Finalement, Léviathan porta la main sur l’épaule du Souverain enragé, et lui murmura :

    — Inutile, Frère. Pas maintenant.

    Satisfait d’avoir enfin obtenu le silence, Achéron déclara qu’il exigeait le titre de Grand Souverain Suprême.

    Ne possédait-il pas l’un des Grands Vecteurs ?

    N’était-il pas le premier Souverain à avoir prouvé la mortalité de leur race en assassinant Scylla ?

    N’avait-il pas soumis à ses désirs la Souveraine Tiamat ?

    Myrddin et Léviathan étaient mortifiés! La mégalomanie d’Achéron, dévoilée au grand jour, n’offrait plus beaucoup d’options. Malgré de nombreux adorateurs et une grande puissance, ils ne pouvaient espérer le défier. Massamune l’avait rendu beaucoup trop puissant. Le pouvoir émanait de tous les pores de sa peau.

    Tiamat assistait, impuissante, à la scène. Même si l’envie de parler la tenaillait, Achéron lui avait appris à garder le silence. Son visage portait tristement des marques bleutées, vestiges des multiples corrections qu’elle avait subies (et allait encore subir) aux mains de son conjoint et bourreau. Au fil du temps, sa terreur s’était transformée en abjecte soumission. Elle appuyait donc inconditionnellement son Souverain.

    Malgré leur colère, Myrddin et Léviathan n’eurent d’autre choix que d’accepter le « couronnement » du Grand Souverain. L’un après l’autre, sous le regard suprêmement condescendant d’Achéron, les Souverains firent serment d’allégeance.

    Magnanime dans la victoire, le Grand Souverain était maintenant disposé à écouter les doléances de ses « sujets ».

    Les Souverains Ordinaux, de moindre envergure, saisirent l’occasion offerte. En somme, ils ne désiraient aucunement partager le terrible sort qui avait été réservé à leur sœur, Scylla. Aussi, plusieurs d’entre eux avaient de sérieux problèmes avec leurs adorateurs. Ces derniers fuyaient et, de ce fait, leur pouvoir en souffrait. Pour arrêter l’hémorragie, ils exigèrent le droit de former de grandes armées afin de défendre leurs intérêts.

    Le nouveau Grand Souverain se moqua ouvertement de leur faiblesse. Quel ramassis de médiocres « Souverains »! Et ces idiots devaient guider la création ? Le Forgeur avait de ces idées!

    Ils ne pourraient régner sur une bande de rats, pensa Achéron.

    Timidement, Tiamat proposa un compromis : des armées « ordinales » seraient créées, selon leurs désirs. Toutefois, les Souverains Cardinaux pourraient également se doter des leurs, ne serait-ce que pour leur protection.

    Ces armées pourraient prendre n’importe quelle incarnation, tant qu’elles visaient à protéger les droits naturels des Souverains sur les adorateurs.

    Et la mienne me permettra d’explorer cette étrange ziggurat, raisonna Tiamat. Ce mystérieux temple de pierre malachite, d’où s’échappaient des lamentations, l’inquiétait au plus haut point. S’agissait-il réellement de la résidence du Voyageur Sombre ?

    La rencontre de Windrose, dernier espoir d’une solution pacifique, n’avait donc servi qu’à couronner Achéron et à militariser la Pangée!

    Quatre Armées cardinales.

    Quatre Armées ordinales.

    Le Monde était désormais plus en danger qu’il ne l’avait jamais été…

  • 3007 A.E. : Les Grandes Armées

    Six ans après le pacte scellé à Windrose, chaque Souverain travailla à établir son armée personnelle. Chacune d’entre elles était clairement à l’image de son maître d’œuvre.

     

    Quatre Armées cardinales :

    Myrddin (Armée du Nord) : Depuis le départ des Bahats pour Astherith, Myrddin n’avait pratiquement plus d’adorateurs sur le continent du Nord. Pourtant, depuis la fondation de l’Élementi Magicarum Pentagone, son pouvoir n’avait cessé de croître. Fleurissant sur le continent de l’Ouest, grâce au pacte forgé avec Léviathan, cette organisation vouée à la magicka, était considérée comme son « armée ».

    Léviathan (Armée de l’Ouest) : Satisfait de son pacte avec Myrddin, Léviathan réfléchit longuement à l’incarnation qu’allait prendre son armée. Les braves gens d’Alexandria étaient fiers et honorables. Pourquoi leur imposer une force armée ? Le Souverain consulta les plus sages d’entre eux afin d’avoir leur avis.

    Ces derniers désiraient une armée qui incarnerait les valeurs préconisées par Léviathan.

    Cette armée serait le « Bouclier » du Continent, incorruptible, éthique et vertueuse. Un véritable éthos.

    Léviathan était satisfait. Il allait mettre en place cet « éthos », cet idéal à poursuivre.

    On les appellerait les Chevaliers du Temple d’Alexandria.

    Les Templiers d’Éthos.

    Achéron (Armée du Sud) : Le Grand Souverain avait parfaitement saisi l’importance de l’océan Rubicon pour ses projets, emplis de flammes, d’acier et de mort. Les trois continents de la Pangée n’étaient-ils pas séparés par le Rubicon ? Tout conquérant allait devoir le traverser.

    Le Rubicon regorgeait des plus sinistres créatures. Unifiées sous une bannière commune, elles représenteraient une redoutable force. C’est au monstrueux Kraken, demi-souverain engendré de l’union d’Achéron et Tiamat, que revint le privilège d’organiser cette armée des mers.

    Tiamat (Armée de l’Est) : La Souveraine de l’Est nourrissait plusieurs ambitions. Immensément plus subtile et rusée que son cruel conjoint, elle avait rapidement saisi ses ambitions. Elle allait l’aider, bien sûr, craignant trop les coups qu’il avait pris l’habitude de lui infliger.

    Toutefois, elle croyait fermement que la véritable menace ne proviendrait pas d’Achéron, mais plutôt de la mystérieuse Ziggurat de Malshiv’ha. Quelles horreurs pouvaient bien s’y cacher ?

    Elle seule semblait flairer le terrible danger.

    Elle décida de créer une armée à l’image du monde tel qu’elle voulait qu’il existât; un monde matriarcal.

    Un jour, Achéron paierait pour les coups qu’il lui infligeait. Mais Tiamat était patiente. Douce est la vengeance au cœur de l’opprimée…

    En attendant, ce sont les hommes de la Pangée Fractale qui en paieraient le prix.

     

    Quatre Armées ordinales

    Mithras (Armée du Nord-Est) : Comparativement à ses pairs, le Souverain d’Astherith ne craignait nullement ce crétin d’Achéron.

    En moins de deux siècles, son peuple était devenu aussi dur que l’environnement hostile dans lequel il subsistait. Composé de superbes guerriers, les Invincibles, la guerre était leur femme, et le combat, leur maîtresse. Ils n’avaient que faire de ces ridicules histoires de Vecteurs, de magicka et de Souverains. En fait, ils respectaient Mithras d’abord et avant tout pour ses exploits guerriers! Le Souverain adorait leur attitude belliqueuse et indomptable. Ce sont ces hommes et femmes, les Astherites, qui composeraient son armée.

    Ils étaient peu nombreux, mais aux yeux de Mithras, un Astherite valait à lui seul une armée entière.

    Falak (Armée du Sud-Ouest) : Le Souverain déchu d’Ulrakov était devenu, depuis sa défaite aux mains de son serviteur, le roi Fedor, la risée de ses pairs. Forcé d’abandonner sa cité, il avait fui vers la sinistre Forêt Noire. C’est avec l’aide de Vidarr, frère de l’usurpateur, qu’il avait fondé un nouveau royaume : Asgard.

    Durant ses années d’exil, le Souverain déchu avait fait la découverte de terrifiants secrets et pouvoirs, liés à la Forêt Noire. Les Gévaudans, loups géants qui hantaient cette terre, étaient devenus ses véritables « enfants », sa meute.

    Un jour, tandis qu’il dégustait une proie fraîchement abattue, Falak fut frappé d’un songe :

    Loups, créatures de nuit et de sang

    Traqueurs infatigables

    Dont le hurlement fait frémir les feuilles d’hiver.

    Les Asgardiens, dont les origines baignent dans le sang de la trahison fraternelle

    Chassés de leur terre ancestrale, ils errent, telle une meute affamée.

    Hommes et Loups

    Unis sous une lune de sang

    Deux, ils ne feront plus qu’un.

    À ce jour, personne ne sait, même parmi les druides les plus instruits d’Asgard, comment se déroula ce sinistre rituel. Toutefois, tous s’accordent pour dire que des rites sacrificiels avaient lieu et plusieurs avancent que le sang des sacrifiés a été absorbé par la terre de la Forêt Noire.

    Une chose demeure certaine : Falak devint le premier lycanthrope de la Pangée Fractale. Les Gévaudans et les Asgardiens, unifiés durant le rituel, devinrent sa meute de lycanthropes!

    La métamorphose était complète.

    Falak n’était plus.

    Mais Fenrir hurla, pour la première fois, sous une lune de sang…

    Simurgh (Armée du Nord-Ouest) : La Grande Cité de Simurghia n’avait pas encore totalement récupéré après la trahison de son armée, en 3537 A.E., et le Souverain avait encore un goût amer de la tournure des événements. Et dire que pendant un moment, il avait possédé la plus puissante cité du continent de l’Ouest.

    Aujourd’hui, il était pour tous une source de moquerie. Son allié de toujours, Falak, avait « changé » dans la Forêt Noire. Il était devenu sauvage et bestial. Myrddin, dont la seule passion était la magicka, n’avait que faire de ses appels à l’aide. Pour couronner le tout, il lui avait même refusé la construction d’un Pentagone dans sa cité. L’Éthos de Léviathan était à l’image de ce dernier : pompeuse et sans réelle substance.

    Mais qui pouvait bien aider ce pauvre Simurgh ?

    Tiamat, appréciant, comme toujours, de voir un « dominant » ainsi écrasé, lui tendit la main :

    — Pourris dans ta cité fantôme, et préserve tes rêves de grandeurs déchues, tu en auras bien besoin dans les temps à venir! Toutefois, si tu désires quitter la médiocrité qui te colle à la peau, voici mon offre : joins-toi à moi et à Achéron. Tu recevras une fonction de prestige dans notre Grande Armée et… peut-être plus ? Achéron n’est pas éternel.

    Comment refuser pareille offre ? Le Grand Simurgh serait de retour et les elphs, qui s’étaient obstinés à défier son autorité, trembleraient à nouveau devant sa puissance. Sa cité fantôme redeviendrait le joyau du continent de l’Ouest. Peut-être deviendrait-il le confident d’Achéron? Non, plutôt Achéron lui-même!

    Et comme l’avait si bien dit la Souveraine du Désert : « peut-être plus ? ».

    Achéron (Scylla, Armée du Sud-Est) : Après avoir abandonné le contrôle de l’Armée du Sud à son fils, Kraken, le Grand Souverain porta toute son attention sur ce qu’allait devenir la Grande Armée de l’Est. Grâce au Vecteur Massamune, Achéron avait atteint une puissance inégalée. Le Courant Fractal semblait désormais le guider vers son glorieux destin.

    Mais tout n’était pas parfait. Le prétentieux Myrddin, qui préservait jalousement sa magicka, avait refusé toute aide à son Grand Souverain.

    — Et pourtant, cet imbécile vient de me donner la clé de la victoire de la Grande Guerre à venir, ironisa Achéron.

    L’un des quatre premiers élus de Myrddin, Shaytan, magickan du Feu, avait abandonné son mentor afin de joindre les rangs d’Achéron. Que cet humain ait survécu près de deux siècles semblait impossible. Et pourtant, le sorcier avait trouvé une façon de déjouer la mort. L’apparence de son ergon en avait souffert, bien sûr, mais Achéron n’avait cure de telles pacotilles. Il laissait à Tiamat le soin de se préoccuper des questions d’esthétique. Pour sa part, il préférait largement le pouvoir, aussi laides les méthodes employées pour l’acquérir fussent-elles.

    Avec Shaytan à ses côtés, Achéron allait dompter cette misérable Pangée.

    — Le Courant Fractal me guidera vers un destin de flammes, de rivières de sang et de pouvoir inimaginable… Telle est ma place dans le Grand Plan. Ainsi le désire le Grand Architecte.

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