Chronique de la Pangée

  • 3545 A.E. : Le Voyageur Sombre

    Grâce au sordide meurtre de Scylla, le plan élaboré par Tiamat et Achéron porta ses fruits. Les Grandes Cités étaient prospères et les savoirs techniques, en constante évolution. Seule ombre au tableau : certains Souverains plus « faibles » observèrent les cités populeuses des puissants avec convoitise. Tant d’adorateurs pour certains, si peu pour d’autres… c’était injuste! Toutefois, l’immensité du territoire séparant les Grandes Cités rendait impossible toute guerre. La paix régnait malgré tout. C’est alors que se manifesta, pour la première fois, le Voyageur Sombre.

    Les archives ayant survécu à l’érosion du temps évoquent toutes, en termes vagues, un « voyageur drapé de ténèbres ». Les nains l’appelaient Sussur. Les elphs, Lhroth (les Yeux de Nuit). Les hommes du continent de l’Ouest, le Voyageur Sombre et ceux du continent de l’Est, Ra’s al-Tinnin (Tête de Serpent).

    Hormis quelques notes cryptiques, il semble impossible de le décrire avec précision. Les Tablettes de Dvarar, sur lesquelles sont inscrites les notes du Grand Roi Nain, Dvarar, indiquent que Sussur était légèrement plus petit que le Portail d’Abrok (portes de 2,5 mètres). D’autres légendes mentionnent que le Voyageur Sombre provient des distantes terres de l’Est, par-delà les sables du désert.

    Les écrits sont toutefois clairs sur deux points : il fut reçu royalement par tous les Souverains de la Pangée Fractale et son passage précède toujours de terribles tragédies.

    Plusieurs événements historiques valident ce dernier fait.

  • 3539 A.E. : Nuit de Sang

    La Cité d’Ulrakov, dirigée par le Souverain Falak, sombra dans l’anarchie la plus abjecte. Le roi désigné par Falak, Fedor Fedorov, avait secrètement rencontré le Voyageur Sombre. S’ensuivirent de mystérieux rituels dans les murs de Castelul Bran, le château royal…

    Dans la cité, les rumeurs les plus sinistres étaient murmurées : mystérieuses disparitions de femmes et d’enfants et… l’accomplissement de rituels sacrificiels! La populace, terrifiée, s’adressa alors à Akim Fedorov, frère cadet du tyran. Bon et juste, Akim était médusé devant ces histoires d’horreur et promit d’intervenir.

    Toutefois, avant même qu’il n’eût l’occasion de confronter son frère, le roi Fedor proclama que son cadet et son entourage étaient des ennemis du Souverain Falak et que pareille traîtrise requérait une sentence exemplaire. Akim fut condamné à être dévoré, sur la place publique, par une meute de loups affamés!

    Éclata alors une guerre civile entre les sympathisants des deux factions. Malheureusement pour le puîné, les complices des soirées nocturnes du roi baignèrent les rues de sang… Leur sauvagerie fut telle que nul ne put s’y opposer.

    En une nuit, la quasi-totalité des troupes d’Akim fut terrassée, égorgée, empalée…

    Les rares survivants de l’orgie sanglante, avec Akim à leur tête, décidèrent alors de fuir vers la Forêt Noire, située à l’ouest de la cité.

    Le Souverain Falak lui-même n’échappa point à la folie meurtrière de Fedor. Les pouvoirs de l’usurpateur rivalisaient désormais avec ceux du Souverain. Comment un simple mortel avait-il pu atteindre pareille puissance ?

    Défait, Falak abandonna sa cité, chassé par celui-là même qu’il avait consacré roi de ses adorateurs! Prenant Akim sous son aile, le Souverain déchu le rebaptisa Vidarr. Ensemble, ils créèrent une nouvelle terre au cœur de la Forêt Noire, Asgard, et fondèrent le premier clan : les Buveurs de Sang.

    Falak et Vidarr réalisèrent rapidement que la terre de cette sinistre forêt semblait s’abreuver du sang des sacrifiés et que les loups qui l’habitaient en étaient particulièrement friands!

  • 3537 A.E. : La Cité Maudite

    Pour le Souverain Simurgh, ce n’était qu’une question de temps avant que ne tombe la mystique forêt d’Elphen sous la botte de sa toute-puissante Cité, Simurghia. Ses hommes avaient depuis longtemps maîtrisé l’art de chevaucher les griffons, ces bêtes à corps de lion et à tête d’aigle. Ce talent unique leur avait d’ailleurs permis de récolter d’innombrables victoires, faisant de Simurgh l’un des plus puissants Souverains du continent de l’Ouest.

    Recevant une requête d’aide de Falak – qui préparait une terrible vengeance contre Fedor –, Simurgh y vit une superbe opportunité. Avant d’affronter Elphen, ses hommes profiteraient de l’excuse si généreusement offerte par Falak pour faire un « petit détour » vers la Grande Cité d’Alexandria, terre du Souverain Léviathan. La promesse de richesses infinies et de nouveaux adorateurs à asservir n’était que trop séduisante!

    Toutefois, aucune stratégie n’est parfaite et sous-estimer l’ambition des hommes est une erreur trop souvent répétée.

    Pendant une absence momentanée de Simurgh, ses cavaliers choisirent de se libérer de sa tyrannie!

    Le Voyageur Sombre, lors de sa visite, leur avait prodigué de si précieux conseils…

    Ces hommes décidèrent de fonder une nouvelle cité libre de toute influence souveraine : Kharnos. Toutefois, sans Souverain pour les guider, les cavaliers sombrèrent rapidement dans la débauche. Ils pillaient, violaient et buvaient sans cesse.

    Ce n’est que grâce à l’intervention de Léviathan que ces hommes « libres » échappèrent à la torpeur. Généreux, il respectait leur liberté, et leur offrit aide et assistance sans exiger d’eux qu’ils l’adorent. Ils acceptèrent avec joie!

    Grandement affaibli à la suite de la désertion d’une bonne partie de ses adorateurs, Simurgh n’était plus en mesure de faire sa glorieuse conquête. Défait et brisé, le Souverain retourna dans sa cité. Jadis un symbole de sa puissance, elle n’était plus qu’un refuge de femmes, d’enfants et de miséreux.

    La Cité Maudite.

  • 3535 A.E. : La Forêt des Damnés

    Le Voyageur Sombre compléta sa grande tournée dans la Cité d’Elphen. Nul doute, elle était à l’image de ses fondateurs : une stupéfiante vision de pure beauté, harmonisée aux arbres de la Forêt Blanche.

    Ses habitants, les elphs, étaient de nature calme, posée et introspective. Ce sont ces mêmes qualités qui leur avaient permis de développer une profonde compréhension du Monde de l’Énergeia. Leur sensibilité aux quatre Éléments trouvait sa plus brillante incarnation dans la cité elle-même. La terre y était fertile, les vents y étaient doux et l’eau y était pure.

    Parfaits, beaux et puissants… que demander de plus ?

    Toutefois, le Voyageur Sombre avait découvert dans cette parfaite carapace une légère fissure dans laquelle son venin, subtilement injecté, pourrait se propager et tout corrompre.

    Ils sont vaniteux et arrogants. Un parfait mélange.

    L’Elpharin, sage d’entre tous les sages et guide de la destinée des Elphs, avait instauré un sénat dont les membres étaient choisis pour leur sagesse « supérieure ». Chez les sénateurs, certains petits abus de pouvoir étaient exercés. Une faveur par-ci, une promotion par-là. Pour le bien de la cité, il va sans dire.

    Une légère fissure…

    Le Voyageur Sombre, à sa grande surprise, ne tira rien de sa rencontre avec l’Elpharin. Il fut rejeté, tout simplement. Entravé dans ses plans, il entreprit de quitter rapidement cette cité.

    Un jour, il aurait sa vengeance. Elphen paierait, fusse dans mille ans.

  • 3397 A.E. : Un Ordre Sacré voit le jour

    Le sénateur elphique, Émérillon Éthil, possédait tout ce dont un elph pouvait rêver : pouvoir au Sénat, admiration du peuple, amitié de l’Elpharin en plus d’inspirer la crainte chez le Souverain Simurgh. Pourtant, Émérillon recherchait autre chose. Au cours de ses méditations, il avait entrevu une autre voie.

    Après mûre réflexion, le grand guerrier demanda audience auprès de son ami, l’Elpharin. Gracieusement, il posa ses genoux au sol et inclina la tête, en signe de déférence. L’Elpharin n’oublia jamais la requête de son plus grand protecteur et ami :

    — Votre Majesté, c’est avec un cœur lourd, mais une einaï pure que je vous demande humblement de me libérer de mon devoir envers vous et notre nation. Après mûre méditation, le Courant Fractal m’a indiqué une voie, la seule menant au Nexus. Les mystères de la Pangée m’interpellent, et je ne puis plus longtemps refuser leur appel. Mon pèlerinage devrait me mener à la Rivière Qui Ne Meurt Jamais.

    Après avoir reçu l’assentiment de l’Elpharin, l’ex-sénateur quitta les terres d’Elphen, avec sa toge et ses sandales pour seules possessions.

    Sept années plus tard, Émérillon aura percé d’incroyables mystères et fondé l’Ordre Sacré des Chevaliers de Cristal.

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