• 3013 A.E. : Le Pacte des Souverains

    Les Souverains étaient plus puissants que jamais. Pour une raison qui leur était toujours inconnue, leur pouvoir était intimement lié à la quantité d’adorateurs sous leur contrôle. Ainsi, plusieurs lieux de culte, plus magnifiques les uns que les autres, furent érigés en leur honneur. Chaque adorateur était disposé à quitter le Monde de l’Énergeia juste sur un simple claquement de doigts de son Souverain.

    Omnipotents. Des dieux vivants.

    Et pourtant, certains pouvoirs étaient immensément plus puissants qu’eux.

    Parmi ceux-ci, les Grands Vecteurs.

    Nul homme ou Souverain n’avait jusqu’alors osé s’en emparer, craignant à juste titre la colère du Forgeur ou pire encore… du Grand Architecte.

    Le Souverain Achéron n’avait que faire de ces bêtises! Dans son inlassable quête de domination, il s’était emparé de la lame Massamune, le Grand Vecteur de Feu.

    Dès lors, il délaissa la quête d’adorateurs et sombra dans une profonde torpeur. Son ergon s’était grandement affaibli, mais son contrôle des Éléments, lui, devint inégalé.

    Myrddin connaissait bien cette affliction puisqu’il l’avait lui-même combattue : la Métastase. Le pouvoir du Vecteur avait corrompu Achéron. Le maître du Pentagone était maintenant très inquiet. Que se passerait-il si les Souverains en venaient à se livrer bataille ? Advenant pareil affrontement, combien d’adorateurs périraient ? Et la grande question : quels effets avait eu Massamune sur Achéron ?

    Trois des Vecteurs (L’Arbre Fractalis, l’Enclume de la Création et la lame Murasame) se trouvaient aussi sur le continent de l’Ouest. Les adorateurs y étaient également légion. La promesse d’un aussi riche butin saurait convaincre Achéron, Tiamat et Mithras de traverser l’océan.

    Le contexte se prêtait à un tel affrontement. Hormis Léviathan, les Souverains du continent de l’Ouest s’étaient révélés incapables de régner. Falak avait perdu sa propre cité, et Simurgh dirigeait une cité fantôme. Les elphs, pour leur part, faisaient comme toujours cavalier seul.

    Il fallait agir et vite.

    Myrddin rencontra Léviathan en secret. La Cité de ce dernier, Alexandria, était non seulement prospère, mais de plus, son roi, Henry Lévy, détenait le Vecteur Murasame. Soulignant l’importance de protéger de pareils trésors, Myrddin offrit à Léviathan d’ériger un Pentagone, bastion de la puissante magicka, au cœur de sa cité.

    En échange, Myrddin exigea qu’ils unissent leurs forces, afin d’affronter la menace des Souverains de l’Est et du Sud, Tiamat et Achéron. Le sage Léviathan accepta à une condition : avant d’en arriver aux armes, les Souverains devaient tenter une dernière fois de résoudre pacifiquement le conflit.

    La rencontre aurait lieu sur l’île de Windrose et la survie de la Pangée Fractale allait en dépendre.

    Une fois sur l’île, les Souverains constatèrent avec horreur les « changements » qu’avait subis Achéron. Il était horriblement décharné et ses yeux étaient d’un noir d’encre. Sa main ne quittait jamais le pommeau de Massamune, la caressant amoureusement. Après les préambules d’usage, Achéron se leva, et tonna avec mépris :

    — Il y a une odeur infecte ici. À croire que vous copulez avec vos « adorateurs ». Vous régnez sur le troupeau, mais qui règne sur vous ?

    — Oui, Puissant Achéron. Il y a une odeur infecte en ces lieux. Je l’ai sentie dès ton arrivée. Une odeur de sang. Celui d’une sœur à venger!

    Seul Mithras osait s’exprimer de la sorte.

    Les yeux caverneux d’Achéron, rivés sur celui qui avait lancé de telles paroles, se plissèrent, formant deux lances noires.

    Mithras était buté, il ne reculerait point. Finalement, Léviathan porta la main sur l’épaule du Souverain enragé, et lui murmura :

    — Inutile, Frère. Pas maintenant.

    Satisfait d’avoir enfin obtenu le silence, Achéron déclara qu’il exigeait le titre de Grand Souverain Suprême.

    Ne possédait-il pas l’un des Grands Vecteurs ?

    N’était-il pas le premier Souverain à avoir prouvé la mortalité de leur race en assassinant Scylla ?

    N’avait-il pas soumis à ses désirs la Souveraine Tiamat ?

    Myrddin et Léviathan étaient mortifiés! La mégalomanie d’Achéron, dévoilée au grand jour, n’offrait plus beaucoup d’options. Malgré de nombreux adorateurs et une grande puissance, ils ne pouvaient espérer le défier. Massamune l’avait rendu beaucoup trop puissant. Le pouvoir émanait de tous les pores de sa peau.

    Tiamat assistait, impuissante, à la scène. Même si l’envie de parler la tenaillait, Achéron lui avait appris à garder le silence. Son visage portait tristement des marques bleutées, vestiges des multiples corrections qu’elle avait subies (et allait encore subir) aux mains de son conjoint et bourreau. Au fil du temps, sa terreur s’était transformée en abjecte soumission. Elle appuyait donc inconditionnellement son Souverain.

    Malgré leur colère, Myrddin et Léviathan n’eurent d’autre choix que d’accepter le « couronnement » du Grand Souverain. L’un après l’autre, sous le regard suprêmement condescendant d’Achéron, les Souverains firent serment d’allégeance.

    Magnanime dans la victoire, le Grand Souverain était maintenant disposé à écouter les doléances de ses « sujets ».

    Les Souverains Ordinaux, de moindre envergure, saisirent l’occasion offerte. En somme, ils ne désiraient aucunement partager le terrible sort qui avait été réservé à leur sœur, Scylla. Aussi, plusieurs d’entre eux avaient de sérieux problèmes avec leurs adorateurs. Ces derniers fuyaient et, de ce fait, leur pouvoir en souffrait. Pour arrêter l’hémorragie, ils exigèrent le droit de former de grandes armées afin de défendre leurs intérêts.

    Le nouveau Grand Souverain se moqua ouvertement de leur faiblesse. Quel ramassis de médiocres « Souverains »! Et ces idiots devaient guider la création ? Le Forgeur avait de ces idées!

    Ils ne pourraient régner sur une bande de rats, pensa Achéron.

    Timidement, Tiamat proposa un compromis : des armées « ordinales » seraient créées, selon leurs désirs. Toutefois, les Souverains Cardinaux pourraient également se doter des leurs, ne serait-ce que pour leur protection.

    Ces armées pourraient prendre n’importe quelle incarnation, tant qu’elles visaient à protéger les droits naturels des Souverains sur les adorateurs.

    Et la mienne me permettra d’explorer cette étrange ziggurat, raisonna Tiamat. Ce mystérieux temple de pierre malachite, d’où s’échappaient des lamentations, l’inquiétait au plus haut point. S’agissait-il réellement de la résidence du Voyageur Sombre ?

    La rencontre de Windrose, dernier espoir d’une solution pacifique, n’avait donc servi qu’à couronner Achéron et à militariser la Pangée!

    Quatre Armées cardinales.

    Quatre Armées ordinales.

    Le Monde était désormais plus en danger qu’il ne l’avait jamais été…

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